

[Grégoire Favet]
Bienvenue dans Smart Bourse, votre émission quotidienne sur Bsmart for Change pour rester à l'écoute des marchés chaque jour du lundi au vendredi à 20h30 si vous nous suivez à la télévision via vos box, vous nous retrouvez en parallèle tous les jours également en replay sur bsmart.fr ou encore en podcast sur l'ensemble de vos plateformes préférées. Au sommaire de cette édition ce soir l'incertitude qui commence à envahir l'ensemble des marchés, la psychologie des investisseurs, l'incertitude tarifaire notamment autour de Donald Trump avec des menaces qui sont prêtes à être mises à exécution dès la semaine prochaine, le 4 mars. Encore un peu de temps pour négocier d'ici là mais oui c'est bien à partir du 4 mars que s'appliqueront normalement les tarifs de 25% sur les produits mexicains et canadiens importés par les américains et la Chine qui bénéficiera également d'une couche supplémentaire de 10% de tarifs à partir du 4 mars.
Concernant l'Europe, encore assez peu de détails sur le calendrier ou les secteurs spécifiques qui pourraient être visés par les tarifs promis par Donald Trump sur les produits européens. Cette incertitude pèse effectivement un petit peu avec derrière cela des surprises économiques qui commencent à tourner un peu côté américain et c'est vrai que c'est un des mouvements qu'on observe ces derniers jours sur les marchés globaux. La détente des taux longs américains qui sont retombés désormais autour de 4,25%.
Pauline Gratelle vous apportera plus de détails sur la situation des marchés dans un instant. Le dernier vendredi de chaque mois nous en profitons pour dresser le grand tableau de bord des marchés avec nos trois invités que nous allons accueillir dans un instant. Pas mal de graphique pour résumer la situation des marchés à l'issue du mois de février qui aura été un mois positif à nouveau pour les actions européennes qui sont effectivement les leaders de ce début d'année sur les marchés boursiers.
[...]
Voilà c'est le dernier vendredi du mois nous retrouvons nos trois experts, nos trois pilotes de marchés pour dresser ensemble ce grand tableau de bord des marchés. Bertrand Lamielle est avec nous, directeur général de Portzamparc Gestion. Bonsoir Bertrand.
[Bertrand Lamielle]
Bonsoir Grégory.
[Grégoire Favet]
Kevin Le Nouail, directeur associé chez Avant-Garde Family Office. Bonsoir Kevin.
Et Laurent Albie à nos côtés, le responsable de Next Momentum et cofondateur également de Kaleys 360. Bonsoir Laurent.
Merci d'être avec nous messieurs, tout le monde est venu avec différents graphiques pour illustrer la situation de marchés à l'issue du mois de février et peut-être se projeter évidemment sur la suite. Laurent d'ailleurs vous avez un très beau graphique global qui résume parfaitement dans la dimension action. Le mois de février l'Europe reste en tête, c'est ce qu'il faut retenir sur ce mois de février Laurent.
[Laurent Albie]
Oui c'était un mois intéressant avec on le voit à l'écran donc un DAX qui continue de caracoler en tête.
[Grégoire Favet]
Donc DAX c'est la grande colonne verte qu'on voit à gauche sur le graphique.
[Laurent Albie]
Alors il triche un peu le DAX parce qu'il est quand même total return mais quand même de toutes les manières même si on le prenait d'évident de non réinvesti. Très belle performance donc du DAX. Le CAC 40 n'est pas en peine, il est aussi dans le peloton de tête.
Moi ce qui m'intéresse sur ce graphique c'est évidemment les GAFAM, non excusez-moi, les magnifiques les magnificent seven. GAFAM c'est so 2010. Donc les 7 magnifiques qui sont à moins 8,7 sur février.
[Grégoire Favet]
Donc ça c'est la colonne violette à droite, c'est celle qui plonge le plus bas donc c'est l'indice pondéré des max seven c'est ça ?
[Laurent Albie]
Donc ça c'est quand même un fait notable parce qu'on voit quand même qu'il y a une rotation, en tout cas il y a un changement qui est en train de se faire. C'est important de le souligner parce que ça a quand même été le moteur de la hausse.
[Grégoire Favet]
On pourra se refocaliser dessus bien sûr.
[Laurent Albie]
Donc on voit bien qu'il y a des flux qui sortent de ces entreprises. On parlera peut-être de Nvidia une seconde plus tard.
[Grégoire Favet]
Avec plaisir.
[Laurent Albie]
Donc ça c'est un point important. L'autre point important c'est le Russell 2000 des small cap US. C'était un Trump trade.
[Grégoire Favet]
C'est la deuxième pire performance au mois de février.
[Laurent Albie]
Exactement donc ça fait cheat parce que c'est quand même maintenant un indice qui est sous le niveau du 5 novembre. Donc il y a effectivement, ça c'est une mauvaise surprise pour tous ceux qui avaient suivi Trump dans ses déclarations, il n'y a pas la perf du bitcoin mais ça aussi ça fait cheat.
[Grégoire Favet]
Oui ça fait partie d'un trade identifié en tout cas.
[Laurent Albie]
Identifié et puis un S&P qui est pondéré qui est au dessus du S&P en performance. Donc là aussi ça plaide pour un ajustement. Je ne veux pas aller trop loin dans ce scénario de rotation, on en reparlera, mais on voit bien que ça bouge un petit peu.
[Grégoire Favet]
Vous ne voulez pas aller trop loin parce que la conviction n'est pas définitive et ferme encore, c'est ça Laurent ?
[Laurent Albie]
Je ne veux pas aller trop loin dans le fait d'enterrer les GAFAM et de parler de rotation. Les maxeven. Parce qu'elles sont trop importantes, on en reparlera, mais on voit bien que voilà il y a un petit ajustement qui se fait.
[Grégoire Favet]
On n'en a pas parlé mais en lien peut-être avec la tech, on a vu alors c'est l'indice de Shanghai en rose sur le graphique qui signe la deuxième meilleure performance du mois de février derrière les indices européens, derrière le DAX en l'occurrence.
[Laurent Albie]
Et j'aurais peut-être mieux fait de mettre le Hang Seng.
[Grégoire Favet]
Avec la tech chinoise. Qui lui pour le coup est encore plus fort. On parlera des dragons chinois avec vous à l'occasion de cette émission.
Mais je voulais qu'on commence avec l'Europe. Bertrand, vous êtes venu là aussi avec quelques graphiques autour de l'Europe. Je crois qu'il faut à nouveau parler du secteur bancaire parce que quand on regarde les performances sectorielles depuis le 1er janvier, sur ces deux mois écoulés, oui l'Europe est en tête.
Et parmi les secteurs qui sont en surperformance toujours et depuis plusieurs années maintenant, on retrouve le secteur bancaire.
[Bertrand Lamielle]
Oui clairement, qui aide beaucoup dans la performance. Puisque là on va retrouver des dossiers, par exemple un Unicredit, dont on en avait longuement parlé, qui a dû signer un 40 ou 50% de performance l'an dernier hors dividendes. On est déjà à 35% depuis le début de l'année.
Donc ça continue à aller très bien. On est dans un bullrun qui est installé depuis quelques temps. Et c'est vrai que depuis 2009, on avait plutôt été bercé par des désillusions sur le secteur bancaire.
C'est ce qu'on voit là.
[Grégoire Favet]
La grande descente quoi.
[Bertrand Lamielle]
D'où l'importance de dézoomer. Mais il faut se rappeler que voilà le 2000 à 2007, on avait eu un bullrun sur les banques énormes avec des performances gigantesques. Et c'est juste ça qu'on est en train de reconnaître.
Donc certains peuvent être un peu saisis des francs en disant, mon dieu, mon dieu, mais ça commence à faire beaucoup. Quand on regarde les ratios de valorisation, non, il y a encore de la place. Oui, ça reste pas cher.
Donc il y a encore de la place de ce point de vue là. On voit que sur la durée, ça a déjà duré sept ans. Là on est sur quatre ans.
Donc sur le principe, on a déjà connu plus long. Est-ce que ça va durer trois ans de plus ? Je ne sais pas.
Mais en tous les cas, en termes de valo, il y a de la place. En termes de momentum, les résultats sont tombés. Ils sont excellents partout.
Ils sont excellents partout avec des banques qui, pour la plupart, ont réussi à avoir des coussins de sécurité sur les ratios imposés par par BAL qui sont importants. Donc ce qui donne de la place, soit pour faire du business supplémentaire, soit pour faire du rachat d'actions ou du versement du versement de dividendes. Et commencer aussi la concentration.
Puisque là, c'est quand même le feu vert qu'on a vu globalement donné par l'Europe. Il y a un Donc ça a commencé en Espagne. Il y a des rapprochements qui sont en train de se faire intra-espagnol.
En Italie, on a vu qu'Unicrédit est en train de dire commerce banque. Donc là, le deal est intéressant parce qu'il y a des mouvements qui se font à l'intérieur de l'Italie. Mais on a aussi Unicrédit qui dit, moi, commerce banque, ça m'intéresse bien.
Bien sûr. Sachant qu'ils avaient racheté Hippoferrines. Donc ça leur permet de compléter la gamme.
La plus allemande des banques italiennes, Unicrédit. Dans un grand pays. Et deuxième fait intéressant, ça ne la fait pas caler boursièrement.
Donc les investisseurs se disent, ok, ça a du sens. Ils l'ont déjà fait. Ça s'est bien passé.
Donc, ils ont un crédit. Ce qui est pas mal pour une banque. Donc, ça continue.
[Grégoire Favet]
Pour vous, c'est un secteur qui reste incontournable. Oui, c'est intéressant parce qu'on voit la pente du bullrun de 2000-2007 comparé à la pente des quelques années de bullrun, là, 2021-2025. 2000-2007, c'était quand même sacrément vertical par rapport à ce qu'on connaît là.
[Bertrand Lamielle]
Avec quand même des modifications structurelles. Ce n'est plus le même secteur. Puisque les ratios de sécurité, on va dire, qui ont été imposés aux banques après l'explosion de 2007-2008, donc en venant des Etats-Unis, c'est les banques européennes qui trinquent.
Donc, on a imposé des ratios quartier-one ou autre qui font que là où on avait des ROE, des résultats sur fonds propres qui pouvaient aller jusqu'à 25%, là, mécaniquement, techniquement, on ne dépassera pas les 13-14 dans le meilleur des cas. Donc, on ne pourra plus avoir ce retour sur investissement qui était aussi fort. Mais en tout cas, sur la tendance, sur la valorisation, sur le momentum, à ce stade, tous les voyants sont ouverts.
Donc, rien d'interdit. Ça continue.
[Grégoire Favet]
Secteur fort et secteur leader depuis 4 ans. Qui l'aurait parié il y a encore quelques années, parlant du secteur bancaire en Europe ? L'Europe profite aussi, c'est une question, Bertrand, de la perspective.
Et ça fait partie des dossiers prioritaires de Donald Trump aujourd'hui. À côté de la guerre commerciale, l'idée d'apporter une paix ou un cessez-le-feu entre la Russie et l'Ukraine, est-ce que ça se retrouve déjà dans les actions européennes ou certaines d'entre elles, Bertrand ?
[Bertrand Lamielle]
Oui, clairement. Et globalement, ça avait commencé un petit peu avant, mais sur le mois de février, c'est celles qui passent complètement bien, qui ont continué à tirer, à tirer fort, qui marquent des points hauts, là où, généralement, ça a plutôt calé. Donc, j'ai mis deux exemples.
J'ai mis Leonardo dans l'armement, Valore Italienne, qui, en plus, il y a une histoire de consolidation. Donc, voilà, ça aide aussi et ça performe bien. Et dans les grandes capilles, j'ai mis aussi Heidelberg Materials.
[Grégoire Favet]
Cement ? Oui, c'est un matériel, oui.
[Bertrand Lamielle]
Donc, qui, pareil, continue à bien performer. Ce qui est intéressant, c'est qu'avec un cran de retard, on voit arriver les mid-cap avec des dossiers comme, par exemple, Nemetschek dans les logiciels liés à la construction. Donc là, qui a mis un tout petit peu plus de temps à partir, mais qui est parti.
Et Alimak, donc là, c'est une valeur suédoise. Et en fait, ils vont faire tout ce qui est ascenseur et monte-charge lié à la construction. Quand vous voulez faire un gratte-ciel, il faut monter les matériaux et c'est des monte-charge et des ascenseurs Alimak qui vont s'en occuper.
[Grégoire Favet]
Construction, défense, effectivement, c'est des secteurs qui retrouvent de l'intérêt aujourd'hui en Europe.
[Bertrand Lamielle]
Clairement, et sur le mois de février, c'est un secteur qui s'est extrêmement... Alors, il y a les banques, évidemment, mais le deuxième secteur ou cluster qui s'est bien comporté, c'est celui-là. Pour le reste, ça a quand même été un peu plus compliqué.
[Grégoire Favet]
Oui, on pourra y revenir, effectivement, mais bon, on a quand même des forces là sur le marché boursier en Europe qu'il ne faut pas négliger. Que vous inspire ce bon démarrage 2025 pour les actions européennes, Kevin ? Alors, il y a des catalystes positifs.
Il y a peut-être potentiellement des catalystes qui le seront moins. Et là, je veux parler, bien sûr, des menaces tarifaires de Donald Trump. Vous voulez faire de moi le rabat-jouet ?
Non, vous pouvez profiter quand même déjà de mon enthousiasme au début d'émission. On est quand même dans la brèche. Si, ça m'intéresse.
Au-delà, avant de parler de Trump et de la guerre commerciale, mais l'opinion que vous avez là sur la hausse de l'Europe, c'est un plus 10 déjà depuis le début d'année.
[Kevin Le Nouail]
Bien sûr, le début d'année est favorable et c'est très heureux. Alors, pour rebondir sur tout ce qui a été dit, très globalement, en effet, les dividendes de la paix, en tout cas l'espoir de paix, clairement aide beaucoup de notre point de vue dans ce rebond-là. On part également, bien évidemment, non pas d'une déprime de valorisation, c'est totalement faux, mais en tout cas d'un point de valorisation qui était aussi beaucoup plus favorable pour rebondir.
A mon avis, on a eu l'occasion d'évoquer en introduction, on n'est pas sur le meilleur moment pour acheter le marché en termes de statistiques, certes, mais par rapport notamment à d'autres marchés, notamment le marché américain, il est clair qu'on n'était pas en excès de valorisation. Donc, on se donne à minima les moyens du rebond. Le sujet ici, en effet, maintenant pour être un peu plus contrariant, c'est celui de se dire, est-ce que justement, est-ce que les choses vont se poursuivre ?
Les catalyseurs sont bons, en effet, sur les publications et ça c'est une excellente chose. C'est quand même ce que l'on achète fondamentalement. Maintenant, si on prend un peu de recul, la question qui va se poser, c'est que si on reste sur le sujet du conflit, évidemment, ukrainien, la question qui se pose, c'est celle de se dire, est-ce qu'on ne va pas avoir une mauvaise paix à la place d'une mauvaise guerre ?
Et ça, très globalement, ça va amener des questions assez importantes. On va parler de Léonardo... L'appel, à quel prix, à quelle condition, tout ça est encore un grand point de l'interrogation.
Bien sûr, on peut parler de Léonardo, mais si on en vient à toute la cote, disons, plus classique, cyclique, la question qui va se poser derrière, c'est qu'est-ce que cela amène éventuellement en termes de reconstruction européenne ? Ok pour certains segments. Qu'est-ce que cela amène potentiellement demain en termes de réarmement européen avec un désengagement américain, donc hausse de l'endettement ?
On ne va pas refaire ici le cours de macroéconomie, mais surtout les premières études qui nous parviennent, c'est que sur cinq ans, ça peut être un impact globalement européen, en moyenne. Il va se situer globalement entre 1-2 pour les pays aujourd'hui qui sont le plus en point sur leurs dépenses militaires, jusqu'à 5% de déficit. Ça, globalement, c'est un coût qui, également sur cinq ans, va être non négligeable sur la croissance puisque l'endettement militaire n'est pas un endettement extrêmement productif à court terme.
Donc, premier point à poser, à mon avis, c'est celui-ci. Le deuxième point, évidemment, c'est celui qui est évoqué, on va évidemment y revenir, je le pense, dans la suite, c'est que ce conflit-là, qui est le dossier très chaud, en effet, de Donald Trump, la question, c'est que si celui-ci n'est pas forcément réglé très vite, mais en tout cas, il est passé ou bien géré, la question, c'est que le nouveau front qui s'ouvre, évidemment, c'est celui du conflit commercial.
Et donc là, évidemment, on retourne dans les aspects de valorisation qui sont, encore une fois, acceptables pour rebondir, mais pas suffisantes pour aller voir beaucoup plus loin sur des catalyseurs microéconomiques. Et on l'illustrait avec un graphique, peut-être.
[Grégoire Favet]
Donc, le graphique qui montre la marge opérationnelle du MSCI Europe, des grandes valeurs européennes, avec, évidemment, l'historique qui reprend également la séquence de la première guerre commerciale de Donald Trump, 2018-2019.
[Kevin Le Nouail]
Exactement. En fait, le sujet sur un graphique tel que celui-ci, il va être de jouer en deux temps. Ce que l'on met ici en exergue, finalement, sur le graphique, c'est la première guerre commerciale.
Alors, évidemment, ce dont on se rend compte, c'est que le niveau des marges opérationnelles, en moyenne, sur l'Europe, n'était évidemment pas le même d'il y a quelques années. Donc, ça, c'est plutôt un bon point. Ça signifie qu'évidemment, le point de départ était plus, j'allais dire, plus optimiste.
Il n'empêche qu'on le voit. Alors, il y a l'effet Covid qui va arriver derrière. Donc, évidemment, il est complètement outrepassé.
Mais il n'empêche que sur le premier impact de guerre commerciale, c'est deux à trois points de marge opérationnelle qui n'ont pas s'envolent, mais qui, en tout cas, se compressent pour les actions européennes. Si on remet cela, encore une fois, dans, aujourd'hui, une macroéconomie qui est médiocre, certains points de départ de marge opérationnelle qui est plus haut, mais, encore une fois, une macroéconomie qui est médiocre, des valeurs cycliques qui ont beaucoup rebondi et qui lident depuis le début de l'année, la question va se poser de leur capacité de résistance, une nouvelle fois. Donc, de ce point de vue-là, pour conclure cette longue assertion, le rebond, oui.
Le rebond tiré par les cycliques, oui. La question qui va se poser, c'est, deuxième trimestre, voire second semestre, quel va être l'impact et est-ce qu'on ne doit pas retourner sur du picking de croissance qui, lui, globalement, commence à asymptoter en termes de valorisation ?
[Grégoire Favet]
Laurent, avant de passer à la partie américaine, quelle chance vous donnez à la poursuite du mouvement sur l'Europe ? Alors, je les salue avec Véronique Resplores, mais chez Calais 360, en octobre, en novembre, vous aviez comme conviction le DAX, puis le CAC, c'est ça ? Voilà, c'était deux convictions fortes de fin d'année, bien vous en appris puisqu'on a eu de très beaux rebonds sur ces indices-là.
Et maintenant ?
[Laurent Albie]
Alors, et maintenant, je pense que la surperformance des indices européens devrait se poursuivre sur 2025, parce que je ne m'attends pas à ce qu'il y ait énormément de performances aux États-Unis, même si, pour le moment, dans mon scénario, on devrait avoir un S&P qui prend quand même 10 ou 11% sur l'année, ce qui est plus que correct, et qui devrait terminer à 6600 points. Le CAC, en revanche, lui, il a fait une première remontada exceptionnelle, pas depuis le début de l'année, d'ailleurs, il a commencé avant. Je pense que là, on devrait assister à une petite pause.
[Grégoire Favet]
On a votre vision, là, vous avez le graphique, votre vision 2025 du CAC 40.
[Laurent Albie]
Oui, alors ça, c'est l'ASN qu'on voit.
[Grégoire Favet]
Mais sur le CAC 40, il y a la vision 2025 du CAC.
[Laurent Albie]
Alors, moi, j'aime bien faire des pronostics, on risque de me tromper, mais au moins, ça rend les choses intéressantes. Et donc, moi, ce que je propose, c'est de revenir avec ce graphique tous les mois pour voir comment les choses avancent. Donc, mon scénario aujourd'hui, c'est d'avoir une consolidation sous le sommet historique, parce que je pense qu'on est beaucoup monté et qu'il va falloir digérer cette hausse.
Ce seuil des 8259 points, c'est un niveau qui est symbolique et je pense que dans l'immédiat, on n'a plus les catalyseurs pour continuer au même rythme. Ok, je comprends. Donc, conso, on pourrait revenir sur 7800 pour simplifier, peut-être un petit peu au-dessus.
Ça devrait durer, a priori, une partie du printemps, voire début de l'été. Et moi, je m'attends à une reprise de la hausse au deuxième semestre. Sans savoir ce qu'il va se passer du côté de l'inflation.
Parce que même si l'inflation en Europe est contenue, mais qu'elle redémarre aux Etats-Unis, ça aura quand même un impact sur le CAC 40. Il y a cette grosse inconnue de l'inflation au deuxième semestre. Mais aujourd'hui, puisqu'il faut faire des scénarios, c'est mon scénario, c'est-à-dire conso, mais on devrait terminer l'année plus haut que là où on est actuellement.
[Grégoire Favet]
Ça, c'est dans l'absolu pour le CAC. Mais vous le dites, en relatif, vous êtes toujours dans l'idée qu'il y aura une surperformance de l'Europe par rapport aux actions américaines. Regardons ce qui se passe du côté américain.
Quel est le niveau de fragilisation qu'on a aujourd'hui sur le marché américain, Laurent ? Vous avez déjà un premier graphique sur le mois de février sur la participation à la hausse au sein du S&P 500. Et cette participation, elle se dégrade.
[Laurent Albie]
Oui, alors la participation, c'est un petit peu la pression artérielle du marché. C'est-à-dire que quand vous avez un bull market, il y a combien d'actions qui participent à ce bull market ? Ce graphique, c'est le plus important de tous ceux que j'ai apporté aujourd'hui parce qu'il est très simple et il donne des signaux très pertinents.
En haut, vous avez le chart du S&P. En bas, vous avez le pourcentage d'actions du S&P au-dessus de leur M&M 200. Quand on a le pourcentage d'actions du S&P qui passe au-dessus de leur M&M 200, qui passe sous 50 %, ça annonce une correction intermédiaire.
7 minutes maintenant de pédagogie, d'analyse technique, 15 secondes. Les marchés, quand ils sont en bull market, il y a des tendances primaires haussières qui ne sont pas des lignes droites et qui sont interrompues par des mouvements intermédiaires qui vont durer quelques semaines à quelques mois. Et donc, quand on a ce pourcentage d'actions du S&P qui sont au-dessus de leur M&M 200, qui passe sous 50 %, c'est un signal avancé d'une correction à venir.
On n'y est pas. On est à 58, mais il est faible. L'indicateur de participation, il pique du nez.
[Grégoire Favet]
On voit la courbe verte. Effectivement, il y a une rupture.
[Laurent Albie]
Donc, chaque fois qu'on passe sous 50 %, il y a une correction plus ou moins importante dans le temps. Correction, c'est quoi, une dizaine de pourcents ? Pas forcément.
Ça peut être dans le temps. C'est-à-dire que si on latéralise, c'est une correction dans le temps et pas dans le prix. Mais ça veut dire que le potentiel de hausse sous 50 %, il n'y en a plus pour les semaines ou deux mois à venir.
Donc, je ne dis pas que c'est mon pronostic, mais en tout cas, ce que je constate, c'est que cette ligne de participation, elle est faible. Elle n'a pas franchi 50 %. Elle va peut-être le faire.
Peut-être qu'elle va rebondir dessus. On va voir. Donc, il ne faut pas se précipiter pour être baissier, pour shorter tout aux Etats-Unis.
Mais on voit bien que ça se dégrade un petit peu.
[Grégoire Favet]
Dans les petits signaux faibles que vous suivez également, Laurent, donc il y a les marchés de crédit, le crédit high yield, la dette à haut rendement aux Etats-Unis, en l'occurrence, alors qu'ils sont des marchés clés aussi, des marchés d'actifs risqués. Et alors, vous nous dites que le spread sur ce crédit high yield est peut-être en train de trouver un point d'inflexion parce que les spread, les écarts, la prime de risque est au plus bas sur ce marché de la dette au rendement américaine aujourd'hui.
[Laurent Albie]
Oui, alors déjà, quand on regarde depuis 2009, ce spread, il est au plus bas. Déjà, ça veut dire que le sentiment de marché est très, très optimiste. Il l'était jusqu'à présent, il était très optimiste.
[Grégoire Favet]
On parle beaucoup de la volatilité des actions sur le crédit. Il n'y en a pas. Trump peut annoncer des tarifs, reporter des tarifs, réannoncer des tarifs.
Le crédit, lui, il ne bouge pas.
[Laurent Albie]
Pour le moment, absolument. Pour le moment. Alors là, ce qu'on voit, c'est que ce spread, il est en train de repartir à la hausse.
C'est pour ça que j'ai zoomé en haut à droite. Cette petite courbe rouge qui va, qui vient de franchir sa moyenne mobile, mais elle l'avait déjà fait, mais surtout qui va peut-être déclencher une figure d'analyse technique qui est un double creux. Ce que ça veut dire, c'est que le spread est en train de s'élargir de nouveau.
Pourquoi il s'élargit? C'est simplement parce que pour le moment, en tout cas, les rendements à 10 ans baissent, le spread diminue. Mais quand on voit le prix des obligations à yield, ce qu'on appelait dans le temps les junk bonds, ça ne baisse pas encore.
Or, elles sont très, très sensibles. Elles sont très corrélées au marché actions. Les actions baissent, mais le yield ne baisse pas.
Si on a le prix des bonds, des junk bonds qui commencent à baisser, les taux remontent. Alors là, ça veut dire qu'on aura vraiment une accélération de cette hausse. Et donc, ça voudrait dire qu'effectivement, on aura un sentiment qui est en train d'évoluer de manière...
[Grégoire Favet]
Et là, on aurait un ensemble de signaux qui deviendraient un peu consistants, quoi.
[Laurent Albie]
Oui, ça commencerait à se mettre en place. OK. On n'y est pas.
[Grégoire Favet]
Non, j'ai bien retenu 58% sur la participation et les spreads qui sont encore très proches des plus bas historiques. Mais c'est vraiment les deux clés à surveiller pour suivre la dynamique du marché américain. Il y a également la question des fondamentaux et de la réaction des marchés aux résultats d'entreprises, Kevin, sur le marché américain.
Vous êtes venu avec ce graphique qui montre comment les prix des actions ont bougé en fonction de la capacité de l'entreprise à dépasser ou non les attentes sur les bénéfices ou sur les chiffres trimestriels qui sont en train d'être terminés, d'être publiés. Et ça nous montre quoi ? Un marché très asymétrique, c'est ça, Kevin ?
[Kevin Le Nouail]
Un marché asymétrique, absolument. Alors, il l'est en moyenne. Donc, on ne réinvente pas la poudre en disant qu'il y a une asymétrie dans la réaction du marché.
Mais ce qui est intéressant, en effet, c'est qu'il l'est plus qu'historiquement. Et ça, c'est à la confluence de tout ce que l'on s'est dit précédemment et ce que l'on se dit aujourd'hui, avec des niveaux de valorisation qui laissent peu de place, globalement, à la déception des hypothèses. Et donc, on le voit, en effet, je pense qu'on le voit tous dans nos portefeuilles.
On a aujourd'hui des réactions positives qui sont bien plus modérées aux États-Unis que les déceptions qui nous amènent dans des baisses qui sont parfois à deux chiffres. Donc ça, c'est assez intéressant. Ça rejoint tout à fait ce qui vient d'être dit, d'ailleurs, sur ce niveau de tension potentielle qui apparaît sur le marché.
Ça ne plaide pas forcément pour une correction de l'ensemble du marché, encore une fois, mais lorsqu'on rentre dans le détail, ça montre finalement que les poils sont quelque peu hérissés pour certains au moment de lire les publications. Donc ça, ça nous intéresse.
[Grégoire Favet]
Il n'y a pas le droit à l'erreur.
[Kevin Le Nouail]
Il n'y a pas le droit à l'erreur. Et en réalité, ça rejoint, encore une fois, toute une série d'indicateurs. On peut redézoomer la chose.
Ça suit évidemment des déceptions qui arrivent. Elles ne sont pas majoritaires, mais vous avez parlé des PMI par le passé. Les PMI sont déceptifs.
Évidemment, ça veut dire que la macro n'est pas au rendez-vous. Et quand on parle d'inflation, on va y venir sûrement tout à l'heure sur l'inflation américaine. Les chiffres du jour, OK, ils sont intéressants, ils sont cohérents.
Ça va rassurer tous les chartistes sur la Fed. Il n'empêche qu'au global, on reste encore sur des niveaux qui sont des niveaux très ténus sur le côté dans lequel va tomber la pièce. Et donc, de fait, ce graphique ne dit rien de plus, encore une fois, que la réaction du marché est tendue.
Donc pour faire le jump sur l'Europe et entre l'Europe et les États-Unis, c'est vraiment le distinguo que l'on fait. C'est-à-dire qu'on le voit aujourd'hui, le droit à l'erreur n'est pas permis. Et donc ça, ça nous paraît particulièrement intéressant.
Ça peut être pour le peaking.
[Grégoire Favet]
Oui, c'est ça. Et ce qu'on décrit là sur les États-Unis, c'est vrai dans une moindre mesure également en Europe ?
[Kevin Le Nouail]
Oui, absolument, c'est beaucoup moins visible parce que la distribution n'est pas la même, c'est exactement la même chose. Et on l'a vécu globalement il y a trois semaines de ça sur ASML. Dans un sens comme dans l'autre, c'est-à-dire qu'on a eu la déception sur DeepSeak, c'est-à-dire les hypothèses se sont resserrées.
Le lendemain, on a une publication qui va complètement à l'inverse et qui rattrape tout le gap. Donc ça, typiquement, c'est assez intéressant.
[Grégoire Favet]
Oui, bon, d'accord avec ça, Bertrand. Oui, c'est vrai qu'il y a certains secteurs en Europe. Alors, on a parlé tout à l'heure des banques ou de quelques valeurs liées à la défense ou à la construction avec la perspective du cessez-le-feu en Ukraine qui sont forts et dynamiques aujourd'hui.
Mais il y a une partie de la cote qui l'est beaucoup moins en Europe aujourd'hui.
[Bertrand Lamielle]
Toute la partie, notamment la partie industrielle qui était liée à l'électrification, due notamment à l'explosion des data centers. Là, pour le coup, il y a eu un coup d'arrêt. Donc ça, c'est votre graphique DeepSeak m'a tué, c'est ça ?
Exactement. Et là, clairement, on va retrouver des dossiers concurrents comme Schneider-Wheaton, ou Train, plutôt dans le refroidissement des centres de données, ou Prismian, le cablier. Globalement, on voit qu'ils font tous les sommets à peu près en même temps et que tous, ils cassent une oblique à peu près en même temps.
[Grégoire Favet]
Mais là, sur Schneider, les autres les suent moins, mais sur Schneider, qui a été le grand gagnant au sein du CAC l'an dernier, c'est plus 40%, qui a été une valeur très corrélée, finalement, c'était un bon plaid pour jouer l'IA. Schneider, on cherche des plaids, des valeurs, des dossiers pour jouer l'IA en Europe. Schneider est une valeur industrielle d'efficacité énergétique complètement corrélée, enfin, dont une grande partie du business est corrélée aujourd'hui.
La question des délinéateurs, de la gourmandise énergétique de l'IA, là, vous dites qu'il y a un vrai coup d'arrêt boursier sur la valeur.
[Bertrand Lamielle]
Il y a un vrai coup d'arrêt, il y a un coup qui s'installe, parce que, typiquement, c'est encore cette semaine, Microsoft qui aurait dit qu'il allait aller moins vite sur les constructions de centres de données, quasiment immédiatement, je crois que Schneider dans la journée perd 5%. C'est très sensible à ça. Et donc, il y a des superbes réactions, des réactions qui sont vraiment épidermiques sur le sujet.
Et, comme d'habitude, alors, est-ce que les 40% l'an dernier étaient trop ? Peut-être, mais à chaque fois, la bourse ne fait pas dans la demi-mesure et oublie, oublie, désolée.
[Grégoire Favet]
Ah, parce que, oui, c'est une oscillation.
[Bertrand Lamielle]
On ne s'arrête jamais aux surprises. Le sujet de base, c'est qu'on a quand même des data centers qui, aujourd'hui, consomment à peu près 3% de l'électricité mondiale dans les projections faites par des cabinets indépendants. On serait à 10%, donc une multiplication par 3, à 2030.
Donc, ça pose quand même des sujets sur, un, la capacité à les fournir, deux, tous les équipementiers qui sont autour. Forcément, ça va faire du business additionnel. Et bien là, en ce moment, pour l'instant, la bourse dit non, je n'y crois pas, je remets tout.
Voilà, on est dans ce moment-là. Bon, il ne faut pas perdre ses dossiers de vue. Forcément, s'il y a des surpondérations, ils vont mieux un peu rééquilibrer en attendant que ça se passe.
Parce que, globalement, il s'est passé la classique, c'est-à-dire qu'on est reparti sur les dossiers que je citais tout à l'heure, dividendes de la paix. Donc, voilà, il n'y a pas de rotation sectorielle au sens où on n'a pas vu resurgir l'agroalimentaire, enfin, après, des secteurs classiques, ou la santé, ou l'automobile, voilà. Donc là, pour l'instant, il y a, sur beaucoup de secteurs, des normalisations, c'est-à-dire des secteurs qui avaient plongé, reviennent un peu sur le devant de la scène, on l'a vu sur le luxe, on l'a vu un peu sur les semi-conducteurs, voilà.
Mais ça ne fait pas des renversements de tendance. Pareil sur la tech, il y a eu des prises de bénéfices, des fois très appuyées, mais qui ne sont que le pendant des performances exceptionnelles qui avaient été faites. Et, encore une fois, il n'y a pas de renversement de tendance.
Maintenant, il va falloir surveiller. Aux États-Unis, on parlait des sets magnifiques. Effectivement, on l'avait déjà décrit le mois d'avant et encore le mois d'avant, on est vraiment dans l'ordre dispersé.
Là, Nvidia, elle est en train de danser sur un fil. Donc, une méta, ça va bien, ça passe. Des Netflix, des choses comme ça, ça reste très bien orienté.
Mais on voit que des Nvidia, des Arista, des Broadcom, le pool est en train de s'installer.
[Grégoire Favet]
Franchement, les publications… C'est bien, on remet un peu du risque dans la thématique. C'était un peu one way trade quand même.
Donc, on remet un peu de risque et d'incertitude.
[Bertrand Lamielle]
On est dans ce moment classique où il va falloir faire la différence entre un bruit et un vrai signal.
[Grégoire Favet]
Hier, un analyste spécialiste du secteur, on commentait avec lui les résultats de Nvidia. Il dit aujourd'hui, les gros hyperscalers ont des data centers avec environ 100 000 puces, 100 000 GPU. Ils sont en train de prévenir Nvidia en disant, d'ici un ou deux ans, on aura besoin de data centers avec un million de GPU.
Pas dans 20 ans. Eux, dans leur projection, à un ou deux ans, ils vont avoir besoin de densifier encore énormément leurs data centers pour rester dans cette course qui ne va pas s'arrêter comme ça.
[Bertrand Lamielle]
DeepSeek nous apprend qu'on va avoir des IA par entreprise véritablement sur mesure. Il va falloir les entraîner et c'est ça qui consomme. Jensen l'a dit.
DeepSeek, c'est très bon pour nous. Une fois que l'IA est entraînée pour la faire tourner, ça consomme moins, il y a besoin de moins d'électricité et autres. Par contre, c'est l'entraînement qui coûte très cher.
[Grégoire Favet]
Parlons des Mac 7. Laurent, il y a un changement de paradigme. Vous dites que c'est un changement de paradigme qui est en train de s'opérer, de se confirmer peut-être.
[Laurent Albie]
Ça n'a pas été un bon mois, février.
[Grégoire Favet]
L'indice Equipondéré a perdu plus de 8 %, c'est ça ? Oui. Et là, on a le détail valeur par valeur.
[Laurent Albie]
Exactement. Elles entraînent le marché. J'avais envie d'apporter ce slide pour poser la question, est-ce que le S&P peut monter sans les Mac 7 ?
La réponse est compliquée. Pour faire simple, si les 7 magnifiques consolident et ne baissent plus trop, c'est possible que le S&P montouille doucement. C'est-à-dire que le relais par les autres secteurs est possible, mais à un rythme qui n'aura rien de comparable avec ce qu'on a vu l'année dernière.
Si en revanche les 7 magnifiques continuent de baisser, alors là, il n'y a pas de question, c'est mauvais pour tout le monde.
[Grégoire Favet]
Il y a quand même un point de douleur où l'ensemble du marché peut souffrir avec un besoin de liquidité, de prise de profit qui peut s'accélérer et se diffuser à l'ensemble du marché. Absolument.
[Laurent Albie]
Je ne suis pas de ceux qui pensent qu'il y a un découplage possible durable entre les 7 magnifiques et le reste du marché. Maintenant, si les investisseurs considèrent que sur les niveaux actuels, c'est pertinent de se poser la question de savoir si on doit revenir ou pas sur Tesla. Quelle catastrophe ce mois de février.
[Grégoire Favet]
Ça va faire quoi ? 20% ? Même plus, 28%.
[Laurent Albie]
C'est ça, c'est la barre orange. Des investisseurs qui se demandent qui est devenu Elon Musk. Est-ce qu'il fait partie du gouvernement ou est-ce qu'il s'occupe de Tesla ?
Il est où exactement ? On a vu les chiffres sur l'Europe catastrophique des ventes de véhicules. Ça veut dire que si effectivement on commence à considérer que sur ces niveaux-là, les Mach 7 redeviennent intéressantes, elles peuvent ne plus trop baisser.
Et donc, on peut avoir les bancaires. On a parlé des bancaires en Europe, mais aux États-Unis, elles sont super fortes aussi. Donc, on peut avoir des secteurs qui prennent le relais et qui feront que l'ESNP pourra continuer de monter.
Si en revanche, il y avait des vrais dégagements plus importants, alors là, effectivement, et je pense évidemment à Nvidia, parce que c'est compliqué d'analyser Nvidia entre ce que vous disiez il y a une seconde sur les besoins qui sont justes.
[Grégoire Favet]
Nvidia, c'est la barre bleue turquoise, si je ne dis pas de bêtises. Elle est en baisse de 8% sur le mois de février.
[Laurent Albie]
Exactement. Donc, il y a une seconde, vous dites quoi ? Vous dites que les besoins vont être massifés.
Et en même temps, les résultats n'ont pas été décevants. Elle n'a pas démérité Nvidia.
[Grégoire Favet]
Elle continue de battre les attentes. Mais ça ne suffit plus pour que les gens achètent aveuglément.
[Laurent Albie]
Exactement. Donc, on voit bien que c'est une question de perception. C'est-à-dire que le rythme sur lequel on était n'est pas tenable et donc, du coup, les investisseurs sont déçus.
Donc, s'ils continuent d'être déçus et qu'on continue d'assister à des dégagements, eh bien, je pense que le S&P va être pénalisé par les Max Evans. Si elles arrivent, au contraire, à se stabiliser autour des niveaux actuels, alors ça peut effectivement laisser la porte ouverte, juste la porte ouverte à une possibilité de, si les autres secteurs prennent le relais, ce qui est encore une autre question compte tenu des Trumponomics, qui posent quand même problème, au niveau de la visibilité qu'on a vis-à-vis de cette nouvelle donne, alors évidemment, ça sera beaucoup plus compliqué.
[Grégoire Favet]
Il y a un secteur que vous mettez en avant avec des ratios effectivement comparés entre les Max Evans et le S&P 500, mais vous regardez aussi le secteur des Staples aux Etats-Unis, Lawrence, ce qui vous fait dire la rotation en action. Donc Staples, c'est la console de base, c'est ça chez les Américains. C'est le secteur anti-sexy.
C'est la défense, c'est quand on joue tous en défense, quoi, Staples. Et donc c'est un secteur qui gagne de la force, là, c'est ça ?
[Laurent Albie]
Oui, exactement. Donc les consumers Staples, c'est ce qu'on achète quel que soit le cycle, c'est-à-dire qu'on aura toujours besoin de dentifrice, de savon, de shampoing. Normalement, oui.
Donc ce qu'on voit, c'est le chart du bas où on voit le ratio de force relative des Staples par rapport aux Max Evans qui repart à la hausse. Donc c'est-à-dire qu'ils surperforment. Et les Staples par rapport aux S&P, ils surperforment.
Ça, ça dit quelque chose quand même sur le sentiment de marché. Ça dit quand même qu'il y a une...
[Grégoir Favet]
C'est risk-off, quoi.
[Laurent Albie]
Oui, exactement. Ça commence à être risk-off, quoi. Donc on joue les dividendes, on joue la visibilité, on joue une linéarité.
C'est des entreprises où il n'y a pas beaucoup de surprises en général. Donc c'est vraiment les défensifs. C'est vraiment les défensifs par excellence.
Parce que télécom, santé, c'est aussi défensif, mais c'est plus compliqué. Staples, c'est vraiment défensif, quoi. Et on voit bien qu'il y a cette rotation en action.
Et ce qui est intéressant, c'est est-ce que c'est un épiphénomène ou est-ce que ça annonce quelque chose de plus durable ? Un signal de plus.
[Grégoire Favet]
Il y a l'esprit de crédit, la participation à la hausse, la force d'un secteur très défensif comme les Staples. Exactement. Mars va être intéressant.
Ah oui. Les deux premiers mois, il était déjà. Mais mars va être encore plus intéressant.
Il faut qu'on parle aussi de ce qui se passe sur les marchés obligataires. Kevin, vous êtes venu avec le graphe très clair, limpide du 10 ans américain. Donc le baromètre de toute la planète finance avec le dollar, peut-être l'actif clé pour de nombreux marchés.
Oui, c'est vrai que c'est un des traits de ce début d'année. C'est-à-dire l'idée que les taux longs américains commencent à baisser. On passe de 4,80% à 4,25%.
On est encore au-dessus de 4%. On a vu 3,60% en octobre ou novembre, ou en septembre, je crois, au moment où la fête commence à baisser ses taux. On est à 3,60% sur le 10 ans américain.
On reste dans des zones connues, bien sûr, mais ça baisse.
[Kevin Le Nouail]
Oui, c'est pour ça qu'on a mis un graphique long. Oui, bien sûr. Pour montrer malgré tout qu'en effet, ça fonctionne, mais ça fonctionne depuis peu de temps.
Donc ça, c'est intéressant. Bon, malgré tout, les 60 bips de contraction, vu la duration, la duration constante, ça nous apporte du 5-6 sans coupons. Donc on ne va pas s'en plaindre avec un dollar sur ces niveaux-là.
Non, mais ce qui est très intéressant, c'est que c'est, je ne sais pas si c'est un signal de plus vers les staples aussi, mais c'est un signal, en effet, de plus, à mon avis, vers un marché qui est peut-être risk-off. Ça, c'est sûr. En tout cas, qui commence à se poser la question.
Sur le calcul ensuite du taux neutre, du taux réel, pardon, si on va par là, le taux n'est absolument pas indécent. En réalité, on s'attendait plutôt à avoir ce mouvement-là. Tant mieux, parce qu'on en a beaucoup souffert par le passé.
On en a déjà assez parlé ensemble sur les prises de position. Donc c'est tant mieux. Ce que ça dit surtout, encore une fois, c'est que le marché aujourd'hui est très méfiant.
Et de ce point de vue-là, on passe d'un dossier à un autre, encore une fois. Et pour moi, ici, c'est vraiment l'archétype du dossier Trump qui arrive dans les pattes. Parce qu'en fait, on a passé la fin d'année, on l'a déjà dit, on est passé de l'euphorie au mois de novembre, aujourd'hui à l'optimisme.
Et là, on se pose la question de, j'allais dire, l'écart-type des hypothèses parce qu'on est de moins en moins confiants sur les hypothèses. On parlait en début d'année de reflations. Je me souviens de cette discussion avec nos clients.
On disait, le thème qui va peut-être émerger, c'est la reflation. Aujourd'hui, c'est celui de la stagnation, en réalité, qui revient sur le devant de la scène. Et c'est ça qui est très intéressant de ce côté-là.
Je ne sais pas si on peut parler de l'autre graphique, mais... Sur la confiance des ménages, les anticipations d'inflation des ménages.
[Grégoire Favet]
Bien sûr.
[Kevin Le Nouail]
Alors, qui vont au nord quand le niveau américain va au sud. Deux salles, deux ambiances. C'est ça qui me paraît extrêmement intéressant.
C'est-à-dire que ce que montrait le 10 ans américain, c'est potentiellement, en effet, un espèce de shift. C'est-à-dire, un passage, on se concentrait très fortement sur l'inflation, au départ, vis-à-vis de la fête, pour considérer ces futures baisses de taux. Et donc, la courbe, selon son inversion, on peut la considérer, mais on avait des anticipations de hausse ou de baisse de taux de la fête catégorisées de la sorte.
Là, avec ce qu'on a sur le 10 ans, on peut globalement parler d'un shift vers la croissance. C'est-à-dire qu'il y a une vraie crainte de croissance. Et en même temps, le signal qui vient d'être donné par les ménages américains, il est complètement à l'envers.
C'est-à-dire qu'on le voit sur ce graphique-là, que je trouve assez instructif pour le coup, c'est l'anticipation de l'inflation à un an des ménages. C'est la courbe la plus foncée, en l'occurrence ici. Et on le voit en réalité.
On est sur des niveaux d'incertitude des ménages qui sont extrêmement importants. C'est la peur des tarifs, quoi. Oui, absolument.
Et donc, encore une fois, on arrive avec un dossier Trump qui revient. Encore une fois, c'est reflation versus stagnation. Et on le voit, même à 5 ans, c'est beaucoup moins clair à 5 ans, mais on a une anticipation, elle aussi, qui est très haute.
Et ça, je trouve ça très intéressant, parce qu'encore une fois, c'est aussi, en effet, les deux salles, deux ambiances que l'on évoquait ensemble. Ça montre peut-être les contradictions, effectivement, de la politique de Donald Trump, ou en tout cas, telles qu'il souhaiterait pouvoir la conduire. Juste un léger mot sur la partie obligataire, dans ce cas-là, sur les spreads.
Ce que je trouve extrêmement intéressant par le graphique qui a été montré, c'est qu'en effet, on voit justement cette potentielle reprise du spread. La question qui va se poser, justement, c'est qu'est-ce qui va bouger ? Et là, globalement, on n'a pas la réponse, parce qu'il y a peu d'échanges aujourd'hui sur la yield.
On n'arrive pas à trouver du bon papier. Et donc, de ce point de vue-là, oui, pour le spread. Maintenant, encore une fois, je ne suis pas convaincu que le niveau d'entrée, il soit là dans quelques mois, parce qu'il faut trouver du papier.
[Laurent Albie]
Laurent, je voulais juste te dire une seconde, quelle ironie du sort, parce que Trump, il a quand même été élu sur la lutte contre l'infestation et le retour du pouvoir.
[Grégoire Favet]
Les ménages, oui, mais ils ont compris, les ménages. Les droits de douane, c'est une taxe sur la consommation aux Etats-Unis. Ils finissent par comprendre.
Il nous reste deux minutes, Bertrand. Le graphique classique sur les mid-cap européennes, c'est l'un des marchés de spécialité de port-zampas. C'est toujours un angle mort des stratégies, vous dites ?
[Bertrand Lamielle]
Oui, clairement, parce que ça faisait partie des stratégies l'an dernier. Là, cette année, plus personne n'en parle. Ce qui est intéressant, c'est que dans un mois de février qui, globalement, a été compliqué, ça continue, en fait.
Ça continue à cranter. Donc, à la fois en absolu et à la fois en… Là, on a le graphe du haut.
On voit qu'on dépasse ce qui avait été une résistance pendant longtemps. Et en bas, en relatif contre les grandes capitalisations, on est toujours dans ce tunnel très légèrement haussier. Ça fait un moment qu'on l'a installé.
Ce n'est pas spectaculaire, mais c'est là. Ça avance, ça avance. Donc, probablement, pour partie, il y a un biais sectoriel dans l'affaire puisque dans les grosses mides, dans les mides européennes, on est quand même sur des sociétés qui dépassent les 10 milliards.
Ça monte jusqu'à 15-18 pour les plus gros, 15-18 milliards pour les plus grosses. On va retrouver pas mal de galaxies financières. Les financières doivent représenter à peu près 20% de ces indices-là.
Donc, on va retrouver les petites banques italiennes, espagnoles, Europe de l'Est qui fonctionnent très bien et qui aident. Il n'y a pas que ça, mais le deuxième segment, c'est de l'industrie dans lequel on va retrouver… On sent qu'il y a peut-être un truc qui est en train de se passer sur l'automobile.
Alors, Forvio, aujourd'hui, ce n'était pas la…
[Grégoire Favet]
Non, mais c'est vrai que c'est un secteur qui a repris 10% par temps.
[Bertrand Lamielle]
On a quand même un changement de gouvernement en Allemagne. On va voir ce qu'ils vont faire. Mais clairement, il y a un vrai sujet sur l'industrie automobile.
Ils sont quand même en train de vivre un cauchemar avec des usines mises à l'arrêt, des plans de départ qui sont un traumatisme en Allemagne parce que là, on est quand même sur le secteur sacré allemand. Donc, s'il y a des choses qui se mettent en place, ça peut aider à faire revenir sur ce segment-là, par exemple. Donc, pour l'instant, c'est trop tôt, mais en tous les cas, ça fait partie des points qu'on va surveiller.
Il y a potentiellement dans l'industrie un segment qui peut redémarrer. On termine avec les dragons, Laurent.
[Laurent Albie]
Oui, mais justement, le réarmement de l'Europe, la défense peut aider les mid-cap.
[Grégoire Favet]
On a des valeurs de défense dans ces indices-là aussi.
[Speaker 6]
Ça peut contribuer à cette histoire. Et le biais domestique, potentiellement. Les dragons chinois.
Oui, parce que moi, j'aime beaucoup la Chine.
[Laurent Albie]
Alors, la tech américaine, elle est chère, mais la tech européenne, je la trouve très intéressante. Le stock 600 en technologie, il est beau. Il est en tendance haussière, il surperforme.
Donc, c'est vraiment un secteur à considérer. Et puis, les China Dragons, parce que ce sont des entreprises chinoises qui sont cotées à Wall Street, donc c'est important. On peut les acheter.
C'est de l'Internet.
[Grégoire Favet]
Donc, c'est Xiaomi, BYD, PDD Holdings, Tencent, Alibaba, Meituan, JD.com, Baidu, NetEase.
[Laurent Albie]
Voilà, c'est des sociétés qui sont très connues. Ça, c'est un panier de ces sociétés. Alors, c'est peut-être trop tard à court terme, mais je pense que la tech chinoise et la tech européenne, c'est peut-être un call qu'il faut réfléchir, en tout cas.
Je comprends. Si la tech américaine...
[Grégoire Favet]
Exactement. Merci messieurs. Merci d'être avec nous chaque dernier vendredi du mois pour ce grand tableau de bord des marchés.
Laurent Albie, Responsable de Next Momentum, cofondateur de Kaleis 360. Kevin Le Nouail, Directeur associé, Avant-Garde Family Office. Et Bertrand Lamielle, directeur général de Portzamparc Gestion.
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